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LE DESSIN DEPUIS 30 000 ANS ......
 

 

C'est une vieille histoire qui a commencé pour des raisons que nous sommes incapables de raconter. Quand la main devint habile à tout faire, qu'entre le cerveau et les outils rien ne freinait plus, il est possible qu'elle voulut s'emparer des images qui trottaient dans la tête pour les déposer quelque part. Cette opération pouvait avoir lieu n'importe où mais elle n'a laissé de traces qu'au fond de certains couloirs souterrains, si enfoncés dans la roche que jamais le soleil ni la lune n'y faisaient passer le moindre rayon. Le dessin pourrait bien être né dans le noir, à la lumière de quelques brindilles et presque aux portes de l' enfer...

Les choses n'ont pas tellement changé. Il reste des femmes et des hommes qui font de leurs mains les traductrices de leurs pensées et de leurs émotions. Cette disponibilité du corps au service de l'âme vient lentement, il faut des années d'aller-retour entre le crayon et l'idée pour que le dessin réussisse en vitesse et en sensibilité... Quand les mots disparaissent, qu'ils ne disent plus rien sous peine de ridicule, que les doigts fermés sur un morceau de fusain ou une craie laissent passer des lignes qui changent l'espace, que le cerveau est dans la main, l'esprit soudé à la chair un autre soi-même se montre sous les yeux. métaphorique et singulier. Ici le désir est à sa place, il se montre, ne se déguise pas ... La maladresse, la vulgarité sont au même rang que que la virtuosité et la distinction. Le trait se déplace en sabots ou en escarpins, c'est sans importance : la vérité ne met pas de gants quand la vision balance entre le miroir des apparences et l'intrus. Ce qui se découvre, ce n'est pas l'objet, la rose ou le jardin, c'est la force d'une lumière intérieure, la nature d'une relation entre un monde indifférent et un monde qui pense. Suivre les lignes, les clartés et les ombres d'un dessin est un voyage entre le pire et le meilleur des mondes sensibles Il est remarquable qu'au dix-huitième siècle encore, les Jésuites s'appuyaient sur deux matières pour apprécier l'intelligence et l'avenir de leurs élèves : les mathématiques et le dessin. Etrange aveu pour ces maîtres de l'ambition, de la conversation et du livre ! ... chassés par les monarchies usées du Portugal, d'Espagne d'Autriche et de France mais accueillis à bras ouverts par la Prusse et la Russie qui "tombèrent" Napoléon entre 1813 et 1815.

 

Ingres, 1806, la famille Forestier.

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