LE REGARD D'UNE PETITE FILLE ........
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............................Il arrive qu'une photographie tienne davantage que ce qu'elle promet. C'est une chance qui peut faire de la peine. Quoi de plus anodins que les enfants dans un jardin public? J'ai passé des heures à les regarder. A leur échelle les arbres sont sans limites, les recoins sont des royaumes. Ils s'isolent quand ils ont besoin de rêve ou se retrouvent quand ils ont envie. Ma fille bougeait beaucoup, trouvait des copines et comme je ne sortais jamais sans pellicule, je m'occupais de mon côté. Il est rare que dans cette situation, on fasse mieux que ce qu'on fit déjà... Mais j'aime les photos surnuméraires parce que de toutes façons avec celles-là comme avec les autres on se raconte une histoire. Parfois la répétition déclenche des gestes inattendus, des coups d'oeil auxquels on ne pensait pas... Et finit par enseigner quelque chose...

Il y avait un banc sous un eucalyptus, il faisait un bon motif sur un fond de végétation tropicale. Elle jouait à la poupée. Je l'ai dérangée par hasard et j'ai pris la photo. On n'élève pas ses enfants pour soi, on se met trop loin ou trop près d'eux, rarement à l'endroit de leur solitude. Ce qu'on leur donne est autre chose que ce qu'ils prennent. On les voit à travers soi, on passe à côté de leur secret. Ils sont déjà quelqu'un. Il n'est pas sûr qu'on saura qui ils sont, on n'est pas sûr qu'ils auront les forces d'être eux-mêmes. C'est dans cette photographie que j'ai senti sa musique, qu'elle avait abondance de notes graves, que les aigües seraient rieuses par effort, douloureuses en fait. Que cette musique serait riche de silences, que les mots viendraient rarement. Ce n'est pas en vain qu'à six ans une fille regarde son père comme s'il était inachevé, le voyant mortel.


 

 

 

 

 

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