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La Peinture naïve, un malentendu ... / The Naive Painting, a misunderstanding ...

 

 
 
La Guerre 1894
 

Il se passe quelque chose de curieux à la fin du dix-neuvième et au début du vingtième siècle... Des autodidactes folkloriques et obsessionnels se mêlent aux bouleversements de la Peinture.. Ils rêvaient comme Henri Rousseau d' un idéal académique, mais ils le tordaient de formes sincères et maladroites, le tuaient de couleurs fraîches et curieusement accordées. Cinquante verts ne sont pas rares dans une forêt du Douanier... Ces formes "impures", ces couleurs dévêtues préparent les yeux à des libertés, à des visées inattendues pour voir loin. Hélas, les tanks, les barbelés, les charognes, les gueules cassées, ont bouleversé, piétiné les forêts vierges, les fleurs et les quartiers tranquilles : le siècle des grimaces, des cauchemars, des guerres civiles, des totalitaires et de "l'Homme pressé" a gommé les petits bonheurs, les " naïfs" comme on les appelle, sont repartis dans la forêt du côté des sept nains ... Pourtant nous restent d'avant le carnage, une chevauchée prémonitoire, une fatale poupée, une amazone blanche sur un cheval noir à tête de tapir, un galop ventre à terre, des barbus sabrés et dépouillés, un corbeau se rassasiant, des nuages roses sur l'horizon d'abricot...

La Peinture n'est jamais "naïve", sauf quand elle est mauvaise... Le mot est ambigu, péjoratif. Les marchands ont forcé la caricature : petits formats, bonshommes, fleurs enfantines et vertes prairies...tableaux de cuisine ou de chambre d'enfant... peinture douillette pour femmes de goût ou l'inverse... On devrait trouver autre chose .... art singulier, art proche...originel ...Tant qu'il s'agit de paysages maladroits et de personnages sans défense, cette peinture "naïve" est cependant assez bien nommée. On se demande ce que lui trouvent les amateurs fortunés, peut-être ce qu'ils attendent du peuple : une espèce de vitalité heureuse sans complications, un vide cérébral et politique, une chaleur confortable de l'imagination... ce qu'ils appellent "l'Authentique"... qu'ils trouvent aussi dans les liqueurs de qualité, chez les cuisiniers du terroir... et le vrai camembert. Pour un temps, à Cuba, aux Balkans, en Haïti, dans quelques lieux du monde, des femmes et des hommes sincères, accrochés corps et âmes à leurs visions et à des magies ancestrales... des peintres de village, de banlieue, de périphéries en somme, travaillent comme des indiens dans un monde que l'uniformisation des appétits et la grossièreté des symboles rendent plus ennuyeux que jamais.

Les autodidactes d'aujourd'hui vivent près des écrans, savent lire. S'ils peuvent tirer de leur enfance et des failles bienheureuses de leur éducation ce qu'il faut de confiance et de singularité, je parie qu'ils seront à l'aise en vivant dans leur tête, qu'ils pourront se tailler eux mêmes des yeux à facettes, s'installer aux premières loges de la vraie comédie, d'enfance, d'amour et de mort , sans textes appris par coeur, au bord de l'abîme où finissent les mondes... MD

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.Divers.Ducruet ©1998,2003,1976
 
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