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Phobies...

       
 
         

 

La Phobie est un des accélérateurs de l'imagination.

Je ne parle pas de panique dans les ascenseurs ou devant les araignées... Ces misères là sont courantes... Par contre j'apprend qu'un lacanien enseigne que les phobiques font de la Peinture en deux dimensions. Il parle de phobiques sociaux : ces gens qui évitent les contacts avec autrui, qui se replient sur eux-mêmes, qui sont hypersensibles à la critique, qui ont peur de s'imposer aux autres... tous symptômes de phobie sociale.

Les "psys" ont une relation très "coloniale" avec la Peinture. Ils en font un passe-partout des secrets de l'homme. Mais que m'importe si le sexe de l'infante est plus près du chien que la reine d'Espagne près du pinceau de Vélasquez? Quand on se trouve devant un tableau, c'est une chose de se demander ce que sont ses apparences ( terrain des littératures, des sciences sociales, de la géographie, des objets, de l'anthropologie ... ), c'en est une autre de se demander comment il est fait, de quoi il est fait, son lignage, sa parenté, le commun, le singulier ou l'heureux évènement de sa naissance ( terrain de la Peinture ). Dire que les phobiques sociaux peignent à deux dimensions en délaissant la fameuse perspective scolaire, sous-entend qu'ils manifestent là une conduite d'évitement puisqu'ils fuient les formes tournées et réalistes... Cette "lunette" est plus grosse que la Lune. Je trouve qu'elle sent la paperasse, la dissertation sur l'histoire du pucelage avant l'étreinte . Faut-il pardonner aux philosophes d'enseigner "l'Art" en Sorbonne, de chercher des jardins carrés de l'humanisme là où Diogène disait à Alexandre : "Ôte toi de mon soleil !" Il est vrai que la pratique et l'histoire des arts ont émigré très loin de notre système scolaire, et je ne m'étonne pas qu'un lettré confonde l'oeuvre d'Aristote et celle du Maître du Monde, les règles savantes de causalité et la disparition du noeud gordien par un coup d'épée.

Si j'allais un peu vite, je croirais qu'à Byzance, en Perse, en Occident jusqu'au XIVème siècle , puis à partir de l'mpressionisme, tous les peintres souffrirent de phobie sociale... Que dire des Chinois, des Indiens, de Cézanne, de Monet, de Picasso, des Aborigènes et des Hopis?... Le "Réalisme" socialiste ou terre à terre, avec étoile rouge sur le nez des locomotives, n'est qu'un accident dans une longue histoire qui commence peut-être à Lascaux. Entre-t-on dans un tableau de paysage avec ses pieds ? La Peinture est une invention de métaphores, insulte permanente aux phraseurs. On ne peint pas ce que l'on aime, on aime peindre. Les baigneuses de Cézanne sont "hommasses" , ses forêts sont vides d'oiseaux et d'écureuils, ses lointains n'ont rien à voir avec l'alpinisme ... Ce sont les tableaux qui pètent de sensations, de sensualité, pas les sujets ! On est peintre dans le geste où les sensations sont neuves : cette aptitude à renaître est un dur travail où on s'occupe de soi-même autant que de ses semblables . Faut-il s'affirmer socialement comme Picasso ou comme Donald Trump?... Quand la société se prend pour Dieu, prétend au monopole des couronnes d'épines et de lauriers, que ses gardiens vont au combat adoubés par les banques, qu'y-a-t-il de plus heureux que l'exil pour voir le monde avec l'oeil du créateur ?

La Peinture n'est pas une chimère. Vous pouvez vous raconter toutes sortes d'histoires devant un tableau, ce ne seront que des histoires. Mais si vous êtes un tout petit peu sérieux, prenez des couleurs. Taisez vous. Pour la première fois peut-être dans votre vie soyez seul face au vide. Si vous êtes courageux, privez vous de vos semblables pour traverser les miroirs, plongez comme l'étrusque de la villa Amalia . Si vous êtes intelligent vous vous demanderez pourquoi vous avez tant tardé...

La douleur n'est pas de naître. Elle commence avec la "vie normale", quand il faut rendre à César ce qui lui appartient... Les silentieux d'autrefois sont les phobiques sociaux d'aujourdh'ui. Ce qui était vertu, cellule de bénédictin est devenu chambre d'hôpital. Car la société du spectacle est obscène. Tout malheureux qui rougit d'être là, s'échappe de sa place, fuit ses voisins aux yeux exorbités. S'il est repéré par les ouvreuses, on l'entraîne chez les professionnels de santé... dans le brouhaha des cris, des musiques déchaînées, des danses orgasmiques , de toutes les injections qui tiennent chacun pour qu'il hurle du bonheur d'être au présent perpétuel... Les taiseux et les tenaces qui ferment les yeux pour se procurer d'autres images que les culs et chemises du programme, se bouchent les oreilles, échappent aux sirènes, aux infos de la vie en masses. Car la police des moeurs au XXIème siècle traque tout ce qui refuse de se déguiser en humain...Des armées de philosophes et de professeurs payés par le contribuable, expliquent l'ennui à lui-même. Leurs virtuosités consistent à faire demi-tour sur soi pour examiner l'excrément du matin, analyser les urines, faire les bilans , les échographies, les scanners, les radios, les repérages de marqueurs spécifiques, tous les nombres de la santé...Ces artistes, enseignants et penseurs se bousculent pour qu'enfin, à l'heure du prime time, brille le feu d'artifice des résultats, que la météo sociale donne l'autorisation de dormir et le clap de fin de la vigilance... Il faut que la nuit repose les endormis du lendemain ...

Les peintres en bonne santé ont la tête ailleurs.

Cela ne veut pas dire qu'ils ferment les yeux sur les zones d'ombre. Au contraire. Le XXème siècle a démasqué tant d'impostures, lorgné tant de radeaux de la Méduse, achevé tant de dissections, excité tant de guignols. Nous avons inventé la "Culture" et mobilisé des brigades de commentateurs, des régiments d'universitaires, des kilomètres de vitrines et des montagnes de béton pour que les pentes de l'Olympe soient à portée des caniches. Les musées sont innombrables, les écoles d'art plus nombreuses que les hôpitaux. Il y a tant à voir qu'on s'épuise dans les embouteillages. Il y a tant "d'artistes" jaloux de leur siècle, qu'ils ont appris à se vendre et sont devenus des professionnels de la communication, de l'emballage des libidos . La peinture est accessoire dans le coffre à joujoux des communicants, dans ce monde organisé où l'art est à la place qui lui revient : poétiser et décrire cette organisation. Se mettre au service des masses via des produits reproductibles en masse, bref, baliser le social des repères indispensables à l'exhibition de ses vertus. L'art doit tuer la peur et l'agressivité au profit d'un remords pour les fautes commises dans les "temps obscurs" ... Le système est au point, extensible et productif, indéfiniment évènementiel, idéologue pour lui-même, exportable de la maternelle à la maison de retraite. Généreux avec les maîtres d'école, soupçonneux envers les distraits...

La peinture à deux dimensions n'est que peinture. Elle n'est jamais obscène et pour cause. Elle pousse le regard du côté de l'esprit plus que des salives. C'est une arme de choix contre les trivialités, les pornographies, les invasions ordinaires de la morale et du " bien pensant ", l' emprise des producteurs d'objets. Elle s'accommode de l'anonymat. On la trouve où passent les chemins de la spiritualité : loin des entrepôts...J'ai l'impression qu' elle veut être le primitif d'un monde où l'écriture sera plus simple, où l'enfance sera solide, la mémoire vive, le silence fréquent et le rire à portée de voix. Puisque la société nous protège au point de nous empêcher le trouble de penser et l'angoisse de vivre, la Peinture est une eau de jouvence quand on cultive d'autres jardins que les jardins publics. L'art "Phobique" ne serait alors que l'art vivant, l'autre, celui des serviteurs, deviendrait l'art des fous.

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